2008 Mission EQUATEUR
1) Préalable pour situer le contexte :
Le combat contre la mine de cuivre à ciel ouvert : Doc ALDEAH
La zone d’Intag (environ 1680 km²) correspond à deux-tiers du canton Cotacachi, lui-même appartenant à la province d’Imbabura, située dans le nord-ouest de l’Equateur à 4 heures de piste de Quito. Cette région, un réservoir de biodiversité unique au monde est également riche en cuivre. Depuis le milieu des années 1990, pour préserver leur terre et pouvoir décider eux-mêmes de leur avenir, les habitants d’Intag font front aux compagnies minières étrangères. L’exploration minière est dans un premier temps conduite par une filiale de Mitsubishi (Bishi Metals). En 1997, la résistance de la population pousse les Japonais à abandonner leur projet, mais dès 2004 l’entreprise canadienne Ascendant Copper Corporation rachète les concessions.
Les politiques de dérégulation des années 1990 et notamment le projet de « développement minier et de contrôle environnemental », financé par un prêt de la Banque mondiale et des donations étrangères, facilitent l’installation des multinationales. La nouvelle Loi Minière met en place des conditions pour « attirer les investissements privés » et transforme les ressources naturelles en objets de spéculation.
L’étude d’impact socio-environnemental conduite par l’Agence Japonaise pour la Coopération Internationale (JICA) dévoile aux habitants d’Intag les conséquences du projet minier : des dommages irréparables pour l’environnement (pollution des eaux et des sols, déforestation, disparition d’espèces…) et le déplacement d’entre 100 et 200 familles de 4 communautés pour faire de la place à la future mine.
Les communautés agricoles de la vallée s’organisent pour résister au projet minier. En 1997, le démantèlement par les paysans du campement d’exploration de Bishi Metals aboutira au départ des Japonais.
Depuis l’achat des concessions par Ascendant (2004), la bataille est rude. L’entreprise canadienne, par le biais de ses nombreux sous-traitants, promet le « développement » mais multiplie menaces et agressions, et ne ménage pas les moyens pour casser l’opposition de la population à son projet.
En décembre 2006, une incursion de paramilitaires employés par l’entreprise tourne mal pour cette dernière: pris en otage par les militants anti-mine, les paramilitaires sont interrogés et retenus en otage. La condition de leur libération et les preuves collectées permettent aux habitants d’Intag d’obtenir du gouvernement d’Alfredo Palacio la suspension des activités de l’entreprise. La compagnie ne s’étant pas pour autant retirée de la zone, suite à de nouveaux incidents, le gouvernement socialiste de Rafael Correa réitère sa suspension en octobre 2007 et envoie des policiers pour protéger les villageois.
Malgré cette deuxième victoire, le risque de l’arrivée dans la zone d’une nouvelle entreprise est toujours présent. Tout au moins tant que la Loi Minière n’est pas modifiée et que le droit des peuples locaux de décider du type de développement qu’ils souhaitent pour leurs régions ne leur soit pas garanti par le pouvoir central.
2) Alternatives
Peu après le départ des Japonais, le canton de Cotacachi se proclame en 2000 «Canton écologique». Le règlement du gouvernement local officialise ainsi le choix d’un modèle de développement socialement plus juste et respectueux de l’environnement que les communautés d’Intag mettent en pratique depuis le début de la résistance. De nombreuses alternatives à la mine voient alors le jour : écotourisme solidaire, production de café biologique et commerce équitable de produits locaux, constitution de réserves forestières communautaires, protection de bassins versants, etc. D’autres projets naissent de cette dynamique, comme un journal écrit par et pour les habitants d’Intag, une bibliothèque, une radio avec aujourd’hui un projet de centre d’information qui permettrait aux jeunes de la vallée d’étudier à distance.
Un projet de développement local par la production d’énergie hydroélectrique est proposé par HydroIntag, il est porté actuellement par Energies sans frontières Grenoble.
3) Population :
Il y a dans la région de l’Intag une population d’environ 15000 personnes composée de métisses, d’afro-équatoriens et d’indigènes.
Une étude parrainée par les autorités cantonales de Cotacachi durant 1998 a fourni les statistiques suivantes sur la qualité de la vie en Intag :
19.2% de la population ne sait pas lire ni écrire dont 3.6% dans les secteurs urbains et 31.9% dans les secteurs ruraux, 88.4% de la population a accompli six années au moins d’instruction primaire et seulement 1.5% une année ou plus d’éducation universitaire.
51.2% des mères ont perdu un enfant durant sa première année de vie, 25% des accouchements sont assurés par un docteur ou une infermière, 31% par une sage femme locale, 13% par un parent, tandis que 30% du temps les femmes donnent le jour seules.
55% des personnes économiquement actives gagnent moins de US$40.00 par mois. La pauvreté de cette région est due à son isolement géographique.
4) Origine du projet :
En Juillet 2007, la CCAS part en Équateur, aux « sources du commerce équitable ». Au cours des visites de la région d’Intag, les membres de la mission sont interpellés au sujet des projets de grands barrages dont les concessions menacent d’être octroyées à des entreprises privées. Un projet de développement local est initié.
Vincent Leroy de la CCAS est l’initiateur du projet. Suite au retrait de HSF, il sollicite ESF pour « parrainer » la mission et inscrire ESF en en-tête du dossier CCAS Gladis.
Objectifs de la mission confirmés par V. Leroy à Daniel Bert :
– le projet consiste à assurer auprès de Hydrointag une mission d’appui technique et méthodologique nécessaire pour maîtriser la phase de réalisation et d’exploitation des ouvrages hydrauliques et le renforcement de Hydrointag pour la maitrise future des projets.
– il a l’accord de la CCAS pour les 8700€ pour la mission 2008,
– Hydrointag participe pour 8500€,
– d’autres bailleurs de fonds privés ont été identifiés,
– ESF n’aurait aucun frais à sa charge,
– 3 personnes de HSF ont été identifiées pour la mission, elles seront adhérentes ESF, une 4ème personne venant d’ESF sera associée à l’équipe dans les mêmes conditions, pour impliquer ESF
– les billets d’avion seront à charge des participants, un reçu fiscal sera fait,
– le projet devra être plus clairement précisé s’il y a réalisation,
– la CCAS ne participera pas au financement de réalisations.
5) Identification des besoins des populations dans le cadre du projet de HydroIntag.
a) Les organisations locales :
– HydroIntag, SEM interlocutrice d’ESF, regroupe les associations de caféiculteurs, de groupements de femmes, la coopérative artisanale de Grand Vallée, les paroisses, les villages et le gouvernement local par le canton de Cotacachi.
– Consorcio Toisan, c’est l’organisme qui, à l’échelle du canton de Cotacachi, agit contre l’installation et le développement minier à l’origine de pollution des rivières, des terrains, de maladies professionnelles et de divisions dans les communautés. Il agit aussi pour la production et la commercialisation de produits locaux. Il a un rôle financier et de planification budgétaire. Pour le moment c’est lui l’interlocuteur financier de ESF car la SEM HydroIntag est en train de terminer sa mise en place juridique.
b) Aspect politique :
La région de l’Intag désir conserver ses rivières et son territoire en évitant l’implantation de mines et la construction de grands aménagements hydrauliques financés par des capitaux privés, pour proposer un développement local basé sur ses ressources naturelles, ses populations locales et propose une alternative au développement local basé sur l’exploitation minière. Cette démarche a l’aval de tous.
c) Démarches en cours :
L’Intag, comme indiqué au § 2, par la démarche associative a déjà limité la déforestation pour conserver ses ressources en eau en engageant les paysans et les exploitants agricoles dans un processus durable, par la mise en place de cultures diversifiées et pour un commerce équitable.
L’Intag souhaite, par le développement de la production de l’électricité sur ses nombreux cours d’eau, apporter un revenu par la vente de l’électricité. Ce revenu permettra en particulier l’amélioration de l’éducation, des services de soins aux personnes et une prise en charge des frais de santé.
Les chantiers de construction et l’exploitation des centrales électriques apporteront aussi de l’emploi.
d) Accès à l’électricité :
Les villages sont actuellement alimentés en eau et en électricité par un réseau MT/BT.
6) Mission ESF de 2008.
A partir de la première étude réalisée par CUBASOLAR sur 20 sites détectés, qui a permis à l’Intag de valider vis à vis du gouvernement la possibilité de construire des centrales sur ses rivières, nous avons retenu dans un premier temps, en accord avec HydroIntag, 7 projets d’aménagements hydroélectriques.
Le choix des sites s’est fait à partir de visites réalisées sur place avec des représentants des associations et les propriétaires de terrains, ceci a permis la prise en compte de toutes les attentes.
Les projets retenus sont : TOABUNCHI 8MW, PAMPELONA 7MW, SAN MIGUEL 0,8MW, NANGULVI 5MW, SAN ANDRES 2MW, CHALGUAYACU 7MW, SAN JOAQUIN 1 ou 2MW. Des réunions ont eu lieu avec des ingénieurs hydroélectriciens locaux, EMEL NORTE le distributeur, l’Ambassade de France et le Président du canton de Cotacachi.
Des équipes de villageois ont défriché les sites pour permettre des reconnaissances plus précises et le piquetage de certains projets.
Une réunion de présentation du travail réalisée par la mission a été faite le 8 juin en présence des partenaires cités plus haut, ils ont été satisfaits et portent beaucoup d’espoirs en nous. Il reste pour terminer cette première étape à finir le catalogue descriptif des ouvrages pour diffusion.
La mission s’est bien déroulée, la relation avec les organisations locales et la population fut très bonne.
7) L’après mission 2008.
La suite donnée au projet peut se concrétiser par :
– la recherche de fonds ou de financements,
– la formation en chantier école à :
o la construction des barrages ou prises d’eau,
o la construction des centrales, des lignes HT et quelques tronçons de lignes MT,
o l’exploitation des ouvrages,
o la coordination et au suivi de chantier,
o l’encadrement pour assurer les réalisations,
– La recherche d’autres partenaires : ONG, écoles, … , pour assurer d’autres actions du type financement de formations à l’électricité ou à l’hydraulique à réaliser en Equateur.
Tout ceci pour qu’au terme de plusieurs réalisations, nous puissions passer le flambeau définitivement à HydroIntag qui terminera le programme de réalisation.